S'ÉMERVEILLER
par Belinda Cannone - Les Mots

Rendez-vous mardi 3 décembre à 19h30

Si vous allez à Bilbao voir le musée d’art contemporain, ou au Mont-Saint-Michel, il est probable que vous vous émerveillerez. Peu de mérite à cela : ces édifices sont des merveilles. C’est aussi l’intérêt des voyages, des pays inconnus ou des mœurs nouvelles que de pouvoir nous émerveiller : ils sont dé-familiarisants, créant ainsi les conditions propices à ce sentiment.

Autre chose est la capacité d’entendre, au printemps, un merle chanter dans votre rue, de vous réjouir devant le rayon de soleil qui s’est frayé un chemin jusqu’à votre bureau ou la fleur simple qui a poussé dans l’interstice d’un mur. L’émerveillement devant le monde modeste, l’univers quotidien, demande un état intérieur particulier, fait de vigilance, de concentration, de rassemblement en soi-même qui permet le rejaillissement vers l’extérieur. Il est ce qui permet d’envisager le monde sous un angle neuf.

Car il ne suffit pas que nous laissions s’exprimer en nous ce désir de vivre qui nous fait aller de l’avant, nous projeter vers demain, anticiper – bon désir mais qui souvent nous fait vivre vite, trop vite. Il faut aussi ménager des bulles de lenteur pour voir le monde en nouveauté et, selon les mots du poète, tenter de l’habiter poétiquement. Ainsi avons-nous quelque chance d’être en état d’innover et de transformer notre environnement. Platon considérait que l’étonnement – ou émerveillement – était à l’origine de la philosophie. Il est aussi résistance contre l’enténèbrement du monde, sagesse qui permet la construction d’une vie bonne, capable d’accueillir le labeur comme les plaisirs, il est remède contre le nihilisme et ouverture à la joie.

Cette conférence est proposée par Belinda Cannone, romancière et essayiste, qui a publié plusieurs ouvrages sur ce sujet, en 2017, S’émerveiller, paru chez Stock, mais aussi Petit éloge du désir et L’écriture du désir (Folio).